Rencontre du 3ème type

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Lors de ma première rencontre avec Akuzawa sensei, ce qui m’est venu à l’esprit c’est «Waahhh !! il est de mon gabarit et il fait ça !! Enfin un enseignant auquel je vais pouvoir m’identifier ».

J’ai aussi vu que, quelque soit le profil des combattants en face, sa réponse était toujours « n’utilisez pas de force », « il faut changer la façon dont vous pensez » , « utilisez votre corps », Et les baladait comme de vulgaires chiffons.

J’ai pensé à tous ces hommes d’1m90 avec des bras comme mes cuisses qui vous expliquent que la force ne sert à rien et que tout est une question de mental ou de techniques lors des interactions.

Alors oui, pourquoi pas, en théorie, mais dès qu’ils doivent mettre en applications ces principes de non force, ou du moins ce qu‘il en est compris, une petite veine apparaît miraculeusement sur le coté du front que certains de mes confrères appellent la « veine du relâchement ». En effet, bien que convaincus qu’ils n’utilisent pas de force, il se crispent au moment de le prouver au détriment de tous les principes, appris ou non.

Depuis cette rencontre je pratique l’Aunkai, assidument depuis 7ans, présente à toutes les venues d’Akuzawa sensei en France, ainsi que sur les stages au Japon. J’enseigne actuellement son art sur le dojo d’Aunkai Cévennes dans le sud de la France et la martialité dont je peux me revendiquer est d’être une femme dans nos sociétés actuelles, et d’exercer un métier dans lequel le rapport à la mort n’est pas une notion abstraite.

Lorsque Sensei affirme sa pratique sur un combattant quelque chose de magique et de vital en moi me dit que cette méthode peut changer le monde.

Imaginons un instant que les agressions, de toutes natures qu’elle soient, ne se jouent plus sur un rapport poids/taille, qu’un corps ne soit plus jugé combatif sur son volume .

Qu’arriverait il ?

Je doute que la question des rapports de dominations au sein de la société patriarcale parle à beaucoup de mes frères d’armes, ni la question des violences qu’ils impliquent au quotidien.

Mais c’est en ça que changer le regard sur le potentiel physique du corps modifie notre rapport aux autres, j’apprends à me placer dans la société non plus en tant qu’individu genré mais bel et bien en tant que corps potentiellement « coupant ».

Et je trouve dans la pratique de l’Aunkai une réponse physique à ce « mansplainning » permanent de ce qu’est ou devrait être la « martialité » ou ce que signifie « faire face », sans avoir besoin de me justifier : la pratique parle d’elle même.

Ayant commencé directement les arts martiaux auprès d’Akuzawa sensei, mon parcours est neuf, sans avoir eu besoin de désapprendre, je me suis lancée dans cette discipline.

L’Aunkai est, à mon avis le lien entre l’interne et l’externe avec une efficacité redoutable. Cela implique que :
1. l’Aunkai ne se voit pas mais se ressent, il est donc difficile d’expliquer ou de transmettre (le contexte actuel de confinement nous le montre encore plus) en dehors du contact direct.
2. l’étude de cet art passe par la compréhension et la construction de son propre corps avant de vouloir affecter son opposant.

J’y consacre de nombreuses heures, d’entraînement physique, de frustrations,de répétition des tanren et kunren mais c’est avant tout une manière de reconsidérer totalement les acquis et fonctionnements corporels emmagasinés depuis l’enfance . La façon d’effectuer des gestes simples comme se lever, s’asseoir et marcher redevient l’épopée des premières années de vie.

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Cette utilisation nouvelle du corps n’est plus orientée vers la recherche de « résultats », mais bien, sur la compréhension des chemins qu’empruntent dans mon corps les différentes composantes du mouvement (poids, gravité,espace, direction,..).

Cela me permet d’entrevoir par exemple le fait que, générer de la force ou bien l’absorber est le même process, la même sensation.

L’Aunkai représente, pour moi, un choix de vie, un prisme nouveau pour voir le monde :

J’ai appris à me tenir droite (de façon littérale comme au figuré), la vie m’offrant tous les jours la possibilité de le prouver.

Je comprends mieux comment les tensions et à-coups sont des signes physiques et mentaux, qui sont autant de leviers pour moi ou mon opposant. Chercher à les effacer unifie le mouvement et son efficacité.

Un corps structuré par des axes permet de raccourcir les mécanismes empruntés par mon corps, et ainsi d’amplifier l’efficacité des mouvements.

L’Aunkai me demande de ne pas anticiper, de sortir du schéma de la ré-action, de faire avec ce que l’autre va me donner, d’accepter que je ne sais pas ce qu’il va arriver.

Ce qui fait que l’Aunkai est un Bujutsu, le plus difficile peut-être, c’est l’acceptation du moment présent pour ne pas entrer dans le cycle peur/ réaction/anticipation/ crispation.

Ce qui empêche la peur, c’est accepter l’inconnu qui s’offre à nous dans l’interaction. Accepter ouvre la porte au champ des possibles du combat.

Dans mon expérience personnelle, ceci croise de façon essentielle les enseignements bouddhistes, et ce que requiert la méditation en tant que pratique d’apprentissage à la mort, non en tant que fin mais en tant qu’état mental permanent.

L’A-UN KAI est l’art qui unit le début et la fin, ne laissant place qu’à la ligne, le chemin.

Voici mon état d’esprit au bout de ces années de pratique, auprès de mon maître mais aussi au contact de toutes les personnes qui pratiquent une discipline capable de les remettre en question sincèrement.

Je suis très heureuse de partager ma passion au travers de cet écrit, et espère un jour croiser les mains avec vous.

Mélanie MOLIS

A propos aunkaicvn

Dojo de l'Aunkai, art martial fondé par Minoru AKUZAWA, dans la région alésienne et les Cévennes
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Un commentaire pour Rencontre du 3ème type

  1. Ping : L’Aunkai, un art martial idéal pour se construire en tant que femme – Nathalie JOUSSELIN | AUNKAI CEVENNES

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