L’Aunkai, un art martial idéal pour se construire en tant que femme – Nathalie JOUSSELIN

Du rapport de force dans la « vraie vie » à l’affrontement « bienveillant dans la sécurité du Dojo

            Dans son article du 25 avril 2020, « Rencontre du troisième type« , Mélanie MOLIS, Renshi du dojo d’ Aunkai Cévennes, aborde la question des rapports de force en vue de la domination de la femme dans une société patriarcale, et des violences quotidiennes qui en découlent. Les risques d’agressions de toutes sortes ne sont pas de l’ordre du phantasme. Mais il faut également penser aux violences psychologiques, souvent invisibles, que les femmes ont à subir.

nathalie1     La conscience de ma vulnérabilité en tant que femme, et le désir de me renforcer m’ont rapidement amenée à considérer la pratique des arts martiaux comme une solution. Mais ayant fait ce constat à la quarantaine, j’ai renoncé à me lancer : je n’avais jamais pratiqué un quelconque art martial (ou sport de combat), je me jugeais trop vieille, avec un corps rendu peu utile et peu mobile par l’obésité, et craignais les moqueries (notamment masculines) que cela pourraient engendrer.

            J’ai eu la chance de rencontrer Jean-Philippe JOSEPH, Kyoshi du dojo d’Aunkai Cévennes, qui a pris le temps de m’expliquer les spécificités de l’Aunkai. Son attitude bienveillante m’a permise de me lancer, il y a quatre ans.  J’ai été fascinée par ce que j’ai découvert. Et je comprends les propos de Mélanie : « rencontre du troisième type », « Waahhh !! », « quelque chose de magique ».

L’Aunkaï : une approche différente et fascinante

            Quand nous rencontrons Akuzawa sensei (ou regardons des vidéos), nous sommes surpris et émerveillés de voir avec quelle facilité et violence ce petit gabarit balaye des individus bien plus imposants. Nous nous prenons à rêver que nous pourrions en faire autant (et « calmer » de potentiels agresseurs)…

            Comme il exige que nous renoncions à la force pour nous servir de notre corps (structure, axes, centre, gravité), les « petites crevettes » reprennent espoir et confiance… S’il ne s’agit plus de force, alors nous les femmes, nous pouvons combattre !

            Nous avons, parmi nos instructeurs et compagnons d’entraînement, des gabarits imposants et impressionnants, dotés d’une force écrasante. Il va de soi qu’il n’est pas évident de renoncer à cet atout qu’est la force. Comme le dit Mélanie, il est nécessaire « de reconsidérer totalement les acquis et fonctionnements corporels emmagasinés depuis l’enfance ». Il faut désappprendre. En cela, l’Aunkai est d’ailleurs contre-intuitif. Mais cela est difficile, et face aux opposants dont « la veine du relâchement » prouve le recours à la force, nous ne faisons pas le poids si notre force est inférieure. Cela nous donne l’impression d’être des petites crevettes qui vont être réduites à néant.

            La perte d’à peu près 50% de mon poids en quelques mois me l’a fait ressentir plus durement encore. Je me suis retrouvée très affaiblie par la perte musculaire et celle de cet atonathalie2ut de stabilité que représentait le poids. J’ai pris conscience que je me servais de cet atout, ce qui revenait à passer en force. Mon rapport aux autres corps a changé : certains corps me paraissaient bien plus imposants (et donc inquiétants), alors qu’ils n’avaient pas évolué. Nous jugeons de la taille de l’autre en fonction de la nôtre. Et dans notre imaginaire collectif, le « gros » écrase le « petit ». Je me suis sentie encore plus vulnérable. Je pense alors avoir enfin compris ce précepte de Sensei nous enjoignant de renoncer à la force, car je n’avais plus le choix. Dans ces situations, nous pouvons vérifier que les bases de ce bujutsu sont acquises ou non.

A l’école du courage : le combat contre ses peurs et ses frustrations

            La frustration vient bien souvent lors du constat du travail qu’il reste à accomplir : tant que les personnes avec lesquelles je m’entraîne ont le dessus grâce au recours à la force, je dois continuer à progresser pour que cela ne se reproduise plus.  Cela me met en colère lorque l’opposant passe en force (et jubile par rapport à sa « petite » victoire), alors que je tente de respecter les principes. Mais, à la limite, ces personnes nous poussent à nous améliorer.

            Considérer l’Aunkai comme une bonne technique (la meilleure ?) et se faire balayer par quelqu’un qui utilise sa force (ou une autre technique) ne remet pas en cause notre conviction que cette technique a quelque chose d’extraordinaire, mais notre implication.

            La frustration vient aussi de l’incapacité à augmenter l’implication. Comment rendre l’entraînement optimal ? Comment le concilier avec nos obligations quotidiennes et la charge mentale qu’elles impliquent ?

            L’inquiétude face à la « vraie vie » et son potentiel de dangers refait alors surface : je ne peux me faire aucune illusion sur la possibilité d’être en totale sécurité grâce à l’Aunkai (Que ferai-je contre 6 adversaires ? Que ferai-je contre un sniper ?).

            Cependant,  je dois constater que la pratique régulière donne un avantage dans les rapports de force : j’ai un corps, je peux m’en servir (et pas exclusivement pour des rapports sexuels et/ou pour entretenir la maison, comme notre société patriarcale nous l’a enseigné avec violence), je peux résister, je peux ne pas subir. D’où l’importance de la posture et de la capacité à ne pas perdre ses principes d’Aunkai (lors d’affrontements), à faire face. Comme le dit Mélanie, je peux ne plus être jugée combative uniquement sur mon volume. Et je partage entièrement son point de vue, pour l’avoir ressenti : effectivement, « changer le regard sur le potentiel physique du corps modifie notre rapport aux autres, j’apprends à me placer dans la société non plus en tant qu’individu genré mais bel et bien en tant que corps potentiellement « coupant » « .

Notre esprit dit : « tu ne passeras pas » , « je ne te laisserai pas faire ». Et lorsque la posture physique et mentale sont solides, un agresseur potentiel    le sent et hésite à passer à l’acte, y compris pour les petites tracasseries quotidiennes. Quand je conserve ma posture, l’autre ne cherche plus à m’imposer quoi que ce soit. Au fond, et malgré tout le développement culturel nous poussant à renier l’animalité, force est de cosntater que cette animalité est toujours présente.

La (re)construction corporelle et mentale

            Il vaut donc peut-être mieux ne pas se focaliser sur les résultats mais sur la (re)construction corporelle et mentale. Et on y gagne en sérénité.

            Dans cette optique, la pratique des tanrens et kunrens me semble importante. Si évidemment il vaut mieux pratiquer dans le cadre du dojo, avec des instructeurs, l’Aunkai permet un entraînement solitaire, comme le montrent les nombreuses vidéos circulant.  Mais les phases d’interaction et  de combat permettent de « vérifier » les acquis.

            Faire de l’Aunkai afin de se prémunir des agressions potentielles peut certes être une raison de le pratiquer, mais cela ne doit pas, me semble-t-il, en être la finalité car cela relève de l’illusion.

            Nous pouvons pratiquer sans visée de résultats martiaux, mais simplement comme ça, parce que ce qui se passe dans notre corps et notre esprit nous apporte une satisfaction, et parce que bouger dans son corps est plaisant.

Nathalie JOUSSELIN

 

 

 

A propos aunkaicvn

Dojo de l'Aunkai, art martial fondé par Minoru AKUZAWA, dans la région alésienne et les Cévennes
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